JEAN-FELIX LALANNE
8 octobre 2020

THOMAS DUTRONC

chanson française - FRANCE

Samedi 09 octobre
COMMENT Y ALLER ? - Montpellier
concert organisé dans le respect des mesures sanitaires en vigueur
Billetterie bientôt disponible


La Vie en rose, C’est si bon, La Belle vie, Les Feuilles mortes, La mer…
Ces chansons d’en France sont descendues dans les rues de Paname, elles ont d’abord envahi les cours d’immeubles, les bals musettes, les clubs de jazz. Puis elles ont traversé l’atlantique et sont revenues en version anglaise chantées par Frank Sinatra, Louis Armstrong, Tony Bennett, Nat King Cole, Dean Martin, Nina Simone… Les revoici auréolées du même swing enthousiaste mais réinventées et modernisées par Thomas Dutronc dans Frenchy. Son quatrième album rassemble 14 chansons absolument françaises puisque toutes nées en France, certaines au creux du siècle dernier ou presque, d’autres avant-hier ou hier. Thomas leur a insufflé des couleurs nouvelles, lounge, cool, rétro-cool et parfois même destroy et funky. Il lesinterprète Contact Promo Pauline Gluzman : pauline.gluzman@umusic.com 06 24 14 61 62 en français et/ou en anglais, en duo, en trio, avec des invités prestigieux venus du rock, du punk, du jazz, de la pop: Iggy Pop, Diana Krall, Billy Gibbons (de ZZ Top), Jeff Goldblum, Haley Reinhart…

Les aînés du patrimoine – Charles Trénet, Stéphane Grappelli, Sidney Bechett – voisinent avec les artistes en or massif des années 1960 – Sacha DIstel, Jacques Brel, Claude François, Francis Lai – et les sorciers électros de la « french touch » (Air, Daft Punk)… Pour rhabiller ces classiques d’arrangements inventifs et d’un frisson d’absolu, il fallait des as du jazz et de la pop: Frenchy a été enregistré et mixé par Jay Newland (Norah Jones, Paul Simon, Stevie Wonder) au Studio de la Seine, à Paris, et aussi à New York, Miami, Los Angeles. Et joué par la crème de la crème.

« Je viens de la musique que j’écoutais enfant, celle de mes parents, d’Alain Souchon, de Véronique Sanson, d’Eddy Mitchell, de Serge Gainsbourg, se rappelle Thomas Dutronc. Ma grand-mère me racontait comment Charles Trénet, « le fou chantant », avait cassé les codes. Quand j’ai commencé la guitare, j’étais fou de blues, de John Lee Hooker, de Muddy Waters, de Jimi Hendrix, de Chuck Berry. Et puis j’ai découvert Django Reinhardt et tous ces beaux morceaux sur lesquels les jazzmen s’amusaient à improviser, et ça m’a scié. On avait donc notre propre Mississippi. » Dans la petite histoire du Mississippi français, les feuilles mortes (Prévert et Kosma) volètent sur un ballet de Roland Petit avant que Montand ne se les approprie. Un hymne au bonheur, C’est si bon, composé par Henri Betti, le pianiste de Maurice Chevalier, prend sa source devant une vitrine de lingerie, avenue Jean Médecin, à Nice. Et c’est Montand, encore lui, Jean Sablon ou Dean Marin qui lui donneront des ailes. Quant à La vie en rose, ce monument des amants, a pris âme, griffonné sur une table de café par une Edith Piaf in love de l’incontournable Montand. Même Madonna la reprendra.

Frenchy, c’est la victoire enchantée, celle des nuits amoureuses, des heures bleues et des matins triomphants, des french lovers d’hier et de 2020. L’album s’ouvre sur C’est si bon, interprété en trio, en français et en anglais, un sommet de swing et de sensualité qui unit le timbre caverneux d’Iggy Pop, le chant chaud de Diana Krall, la douceur de Thomas Dutronc. « La séance a duré trois heures à Miami. Diana m’a complimenté, j’étais sur un nuage. Je connaissais un peu Iggy. Il est génial et est reparti tout bronzé dans sa rolls décapotable blanche en retirant son tee-shirt. Les grands sont toujours pros et sympas. » D’autres perles, précieuses et inattendues, se dévoilent au fil du disque. Dans La Vie en rose, la voix brumeuse de Billy Gibbons, de ZZ Top, mariée à celle de Thomas, offre une nouvelle vie à ce classique, entonné donc à deux voix masculines et donné en version alanguie, sifflotante et flânante. « La présence de Billy est un petit miracle. Il est fan de BB King lui-même fan de Django. Billy a débarqué à Los Angeles avec sa tête fabuleuse etson look de folie, et en une prise, c’était nickel. Il a joué quelques notes de guitare pendant que je sifflotais. Fabuleux. »

La voix de Thomas Dutronc posée sur ces standards n’a jamais été si chaude et fluide, elle s’épanouit en solo dans La Mer ou My Way, devient chair et swing avec Plus je t’embrasse, où il embrasse cet incontournable de Ben Ryan (1926), la chanson préférée de J.FK. C’est le seul titre de Frenchy composé par un américain, mais popularisé par une version française des Soeurs Etienne. Thomas s’en empare avec un clin d’oeil amusé et l’accent américain, et lui donne ce côté galvanisant, bondissant et optimiste, ornementé d’un instrumental piano-guitare. « On a swingué à l’ancienne, à la façon de Nat King Cole. » C’est que Frenchy est habillé par un french quartet en or. Rocky Gresset et sa guitare voltigeuse: « il a une musicalité, une oreille, une impeccabilité. Rocky est notre arme fatale », résume Thomas. Eric Legnini a fait sonner rhodes et piano: « c’est un être délicieux, un musicien virtuose qui ne se pose pas en intégriste du jazz. » La contrebasse de Thomas Bramerie a voilé d’ombre et de gaité ces rivières de notes sensibles: « je suis amoureux de son style, de son groove. » Denis Benarrosh a fait parler sa batterie: « son tempo est juste parfait, ses sonorités magiques. »

La magie opère dans les défis les plus osés, par exemple faire souffler un air jazzifiant sur Get Lucky de Daft Punk et cette « tournerie » innovante. « Je suis un fan de la première heure de Daft Punk, j’aime ces voyages électros comparables au jazz, on est entraîné dans une histoire, on écoute un premier instrument, puis un deuxième arrive, et ainsi de suite. En studio, on est parti sur un boeuf, deux prises ont suffi, on a gardé la deuxième, mi-jazz, mi-funk, avec des cordes disco à la fin. » Une nouvelle aire de jeu s’est aussi proposée avec Playground love, de Air, qui commence par un ciel de cendres avec la trompette brûlante de Stéphane Belmondo, enveloppe par le grain organique de Denis Benarrosh. Un écrin feutré où s’exprime la sensualité de la chanteuse de jazz sud-coréenne Youn Sun Nah. « Playground Love est un duo sans l’être car nous chantons vraiment ensemble. Youn Sun s’est emparée de tonalités pas évidentes, avec une classe immense. »

Une autre voix magistrale, celle de Jeff Goldbum, s’élève avec The Good Life (La Belle Vie), paroles anglaises de Tony Bennett – il a baptisé ainsi son autobiographie. La chanson de Sacha Distel illustrait au départ L’Orgueil, l’un des chapitres des 7 pêchés capitaux, film de Roger Vadim (1962) et s’appelait Marina (pour la comédienne du sketch, Marina Vlady). Goldblum en donne un éclairage cinématographique, en héritier du rat pack. « Je l’avais croisé lors d’une émission de Michel Drucker et on avait sympathisé. Jeff se lance actuellement dans une carrière de chanteur-pianiste et était partant à fond. C’est une fierté immense de l’avoir au générique, il chante un peu comme un comédien, il vit la chanson. » Les duos forment souvent de vraies scènes de cinéma. Ne me quitte pas se rejoue avec Haley Reinhart, révélée par American Idol, dans une lecture pleine de cordes et d’émotion. « Un grand feeling. » La ballade sur la plage de Deauville d’Un Homme et une femme, se refait ici avec Stacey Kent – « son timbre me touche tellement » – accompagnée des accords d’accordéon de Marc Berthoumieux, une pointure.

Dans le laboratoire musical intime de Thomas Dutronc, trois morceaux occupent les premières places. Petite fleur, de Sidney Bechett. « Bechett est américain mais il a vécu en France et c’est là qu’il a composé cette chanson sensuelle, latine, empreinte de nostalgie. L’une de mes préférées. » Django Reinhardt est au coeur des deux autres, Nuages(All for You) et Minor Swing (co-écrit avec Stéphane Grappelli). Tout Thomas Dutronc vibre dans ces joyaux du jazz. « C’est vrai, j’ai commencé commme instrumentiste et renoué avec ces airs que j’ai toujoursjoués. » On y entend l’ukulélé de l’ami Jérôme Ciosi et le bandonéon de Maître Michel Portal.

Frenchy, c’est toute une vie qui swingue, voit rose, coule joyeuse à l’écart des courants, se glisse dans le lounge, le jazz cool. Un cortège de chansons tout en mohair et soie invite à des soirées cheek to cheek. C’est une aventure réussie, moderne, délicate, instruite, profonde, élégante, à la classe inaltérable et internationale: l’album sort chez Blue Note en France et Verve aux Etats-Unis. C’est la bande originale d’un film rêvé intemporel, moderne et racé.


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